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Je ressens toujours un réel plaisir à découvrir un artiste, non pas qu'il soit méconnu bien-sûr, mais que mes pérégrinations dans le monde de la peinture qui est immense, ne m'aient pas encore permis d'accéder à commenter son talent.


Bien qu'autodidacte en peinture, Eliane PRADEL a bénéficié de la présence et des conseils du grand fécampois Jef FRIBOULET, et je dois constater que cette artiste en a fait le meilleur usage en édifiant un style personnel marqué par le dynamisme et la puissance expressive de ce si valeureux mentor.


Chez cette artiste, rien n'est plus essentiel que la vivacité de la structure des oeuvres, celle qui absorbe la matière et les couleurs en les fondant en créations généreuses et originales. Au fil de nombreux Salons et d'expositions personnelles, E. PRADEL s'est ainsi distinguée auprès du public des amateurs, et les nombreux prix qui lui ont été attribués affirment plus encore une manière étonnante, singulière et audacieuse qui lui offre de créer avec panache sur une structure de base parfaitement définie. Eliane PRADEL la dynamise ensuite d'un couteau impatient, palpitant et suggestif où les coloris brouillent la réalité et provoquent plus encore une expression de vitalité ou de sentiments plus profonds, allant jusqu'à l'émotion la plus évidente.

 

André RUELLAN, critique d'art

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Le visage intérieur



Autodidacte dont la démarche trahit un intense besoin de partage et d'expression, Eliane PRADEL vit et travaille dans un village du Pays de Caux. Loin des turbulences de la ville, elle peut tout à loisir s'y adonner à sa passion, la peinture, pratique dont elle a, très jeune, ressenti les premiers appels.

"Quand je n'étais encore qu'une gamine, je chapardais les boîtes de cirage de la maison et m'amusais à peindre sur tout ce qui me passait par les mains. Le plus souvent des bouts de papier ou du carton." Cette anecdote inattendue illustre le tempérament volontaire d'Eliane PRADEL qui est née sous le signe du feu et accorde une grande place à la "nature humaine", l'un de ses thèmes les plus récurrents. Ce n'est que beaucoup plus tard que les choses, finalement, prendront un tour "sérieux" à travers sa rencontre avec Jef FRIBOULET, l'expressionniste le plus célèbre et populaire de la région. Doté d'une grande chaleur humaine, cet artiste au coeur généreux sut encourager la jeune femme alors qu'elle doutait encore profondément d'elle-même. Elle lui avait, non sans appréhension, montré le portrait de deux religieuses, une peinture réalisée d'après un touchant souvenir d'enfance. Dès qu'il eut détaillé le sujet, Friboulet, en homme d'instinct, lui offrit une lithographie en lui faisant promettre de ne surtout pas garder plus longtemps ces choses-là pour elle.

Stimulée par l'aura du maître et l'amicale autorité qu'il inspirait à toute personne qui l'approchait, Eliane PRADEL prit alors l'engagement d'affronter les salons de la région. Temps, conseils et travail aidant (elle prit somme toute assez peu de cours si l'on excepte ceux que lui dispensèrent les religieuses de Pavilly au cours de ses lointaines vacances d'été à Villequier et une année d'enseignement reçue dans son village), Eliane fut acceptée puis primée par ses pairs. On l'a notamment vue au Salon de l'Ayac (Yvetot), à Fécamp, Elbeuf, Rouen, Le Havre ou Bernay. Cette liste, on s'en doute, n'est en rien exhaustive.

Au cours de son itinéraire, Eliane PRADEL tira grand profit des conseils de Roger DOUVILLE, le sculpteur du Pays de Caux et de Jean-Louis LE MOAL, artiste aussi rigoureux que discret, mais doué d'un bel instinct de peintre. Sensible à la lecture et à la poésie, Eliane PRADEL semble surtout s'intéresser à l'aspect intime et quelque peu secret des choses. Elle n'hésite pas à  glisser une bonne part d'imaginaire, comme en témoigne cette féerique série consacrée au thème de l'eau. On y voit se déployer des algues aux allures de plumes de paon. Utilisant la brosse et le couteau, elle a fait le choix de l'huile et de la toile plutôt que du papier.

"J'aime les gens, se plaît à répéter Eliane PRADEL. J'adore analyser ce qu'ils ont dans le coeur et je m'efforce de le traduire en gestes spontanés. Je m'inspire pour l'essentiel des émotions que je ressens. Mais je ne pars jamais de modèles vivants. je cherche à exprimer et à cerner des états d'âme. Je m'intéresse aussi à la recherche du mouvement, comme je l'ai fait avec la série des fonds aquatiques." Le peintre, qui, dans ses titres, manie souvent le paradoxe, voire le jeu de mot (Les algues du feu; Tête de nu) n'a sans doute pas fini d'affiner sa recherche. "Je me projette, explique-t-elle, dans les tableaux que je fabrique. Ils naissent d'abord dans ma tête avant de prendre corps à travers l'espace de la toile. Il m'arrive souvent de me projeter dans les personnages que je peins ou de puiser dans mes souvenirs d'enfance. Je me vois davantage comme un peintre des émotions que comme un peintre de portraits. Derrière chaque physionomie, j'essaie de dessiner les mouvements de l'âme."

 

Propos recueillis par Luis PORQUET, critique d'art